FibroMate, un simulateur de fibroscopie bronchique imprimé en 3D
Trois modules qui s’emboîtent : le nez et les sinus, le larynx, l’arbre bronchique. Un interne y passe le fibroscope autant de fois qu’il le veut, dans le service, sans patient et sans créneau à réserver. La matière coûte 3,16 € par exemplaire.
Je m’appelle Jean Bigeaye. J’ai conçu cet objet pendant ma thèse d’exercice de médecine, et c’est moi qui l’imprime. Si vous dirigez un service de pneumologie, appelez-moi : vous aurez au bout du fil quelqu’un qui connaît la pièce.
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Le manque
Aujourd’hui, la première fibroscopie se fait sur un patient
Un interne qui débute l’endoscopie bronchique apprend le geste en situation. Un sénior derrière lui, un patient vigile sous anesthésie locale, un créneau d’endoscopie, une équipe qui attend. Il cherche la glotte, franchit les cordes, descend la trachée, hésite à la bifurcation. Le patient tousse.
C’est comme ça que j’ai appris. Ça fonctionne, mais ça se paie : en temps de salle, en inconfort pour la personne allongée, en patience du sénior qui reprend la main. Et l’interne, lui, ne refait pas le passage dix fois pour le plaisir de le comprendre.
Ce qui manque, c’est l’étape d’avant. Un objet sur une table, sur lequel on répète l’entrée nasale vingt fois avant de la faire une fois pour de vrai. Les simulateurs d’endoscopie bronchique du commerce existent, mais ils coûtent cher et ils vivent au centre de simulation, à l’autre bout de l’hôpital, accessibles sur réservation. Celui-ci reste dans le service, sur une étagère.
L’objet
Trois modules, un trajet continu
Le simulateur se démonte en trois pièces : le nez et les sinus, le larynx, l’arbre bronchique. Assemblées, elles forment un trajet sans rupture, de la narine aux bronches segmentaires. À ma connaissance, aucun autre simulateur imprimé en 3D ne réunit ces trois niveaux dans un même objet : on trouve des têtes, on trouve des arbres bronchiques, rarement le trajet complet.
La géométrie n’a pas été dessinée à la main. Elle vient d’un examen tomodensitométrique : segmentation des voies aériennes sur 3D Slicer, puis reprise du maillage sur Meshmixer. Les divisions bronchiques sont donc celles d’un thorax réel, pas celles d’un schéma de manuel. L’interne qui descend dans la bronche souche droite retrouve les trois lobaires à leur place et peut nommer les segments qu’il voit. C’est le travail de repérage qu’on lui demandera devant le patient, quand il faudra conduire le fibroscope jusqu’au bon territoire pour un lavage broncho-alvéolaire.
L’échelle, en revanche, s’écarte volontairement de l’anatomie. À la taille où il sortait du scanner, le modèle ne permettait pas de naviguer dans les bronches lobaires : l’arbre trachéobronchique a donc été agrandi de 40 % par rapport au modèle segmenté. Le fibroscope progresse sans frotter, l’image reste lisible pendant la descente, et les 20 bronches segmentaires peuvent être visitées une à une. C’est cet agrandissement qui donne à la trachée du simulateur ses 31 mm de diamètre, là où celle d’un adulte en mesure 13 à 25.
Dans un service
Il reste dans le service, et il ne coûte presque rien
Le simulateur tient sur une étagère et se transporte sous le bras. Il ne demande ni eau, ni électricité, ni informaticien. On le sort entre deux endoscopies, on le pose à côté de la colonne d’endoscopie, on y engage le fibroscope du service, et l’interne travaille. Pas de réservation, pas de trajet jusqu’au centre de simulation, pas de créneau d’endoscopie à négocier.
Le prix change la façon de s’en servir. Un exemplaire représente 3,16 € de filament et 16 h 05 d’impression. L’imprimante utilisée, une Creality Ender 3 V3 KE, coûte 240 €. À ce tarif, le simulateur n’est plus un équipement qu’on protège : c’est un consommable. Une pièce casse, on la réimprime pendant la nuit. Deux internes veulent travailler en même temps, on en sort deux.
Les fichiers d’impression sont partageables. Un service qui dispose d’une imprimante FDM peut produire ses exemplaires lui-même ; les autres reçoivent des pièces imprimées.
Le service qui possède une imprimante n’attend plus personne : il fabrique ses exemplaires le jour où il en a besoin, et aucun contrat de maintenance ne conditionne la formation de ses internes.
Les résultats
Ce qu’en ont dit 87 praticiens
Le simulateur a été évalué par 87 praticiens — 39 internes et 48 séniors — dans quatre centres hospitaliers. Chacun a manipulé l’objet, puis l’a noté de 1 à 5 sur plusieurs critères. Les moyennes ci-dessous sont celles de ces 87 évaluations. Cette évaluation multicentrique constitue ma thèse d’exercice de médecine, soutenue le 9 juillet 2026 à l’Université d’Angers, à partir d’un travail mené au CHU d’Angers.
- Utilité pour l’initiation des internes
- 4,90sur 5
- Sur ce point, 89,7 % des 87 praticiens interrogés ont donné la note maximale.
- Aspect endoluminal
- 4,75sur 5
- Ce que l’on voit à l’écran en progressant dans le simulateur a été jugé proche de l’examen réel.
- Fidélité anatomique
- 4,72sur 5
- Les repères et les divisions bronchiques ont été jugés conformes à l’anatomie.
- Texture
- 3,93sur 5
- C’est la note la plus basse de l’évaluation : 26,4 % des praticiens ont mis 3 ou moins.
La texture est le point faible, et je ne vais pas le cacher
Au contact, le PLA est un plastique dur. La paroi ne cède pas sous l’extrémité du fibroscope et ne se déforme pas comme une muqueuse. Un praticien sur quatre l’a signalé, et il a raison. En l’état, le simulateur fait travailler le trajet, l’orientation et le repérage des segments ; il ne reproduit ni la souplesse des tissus ni la sensation de contact.
C’est le chantier en cours. Je travaille au passage des parois en TPU, un filament souple qui s’imprime sur la même machine. La géométrie, elle, ne bouge pas : c’est la partie que les testeurs ont le mieux notée.
Ce que ces notes établissent, et ce qu’elles n’établissent pas
Ces résultats mesurent la réaction des utilisateurs : le niveau 1 de l’échelle de Kirkpatrick. Ils ne disent rien de l’apprentissage réel, qui est le niveau 2, ni du transfert au patient, qui est le niveau 3. 87 praticiens jugent l’objet utile et fidèle, mais personne n’a encore démontré qu’un interne formé dessus réussit mieux sa première fibroscopie bronchique.
Le démontrer demande une étude dédiée : des internes suivis dans le temps, un critère de jugement défini à l’avance. La validation du simulateur est à ce jour interne au projet, et je ne la présente pas autrement.
La recherche
Rejoindre la validation multicentrique
Les niveaux 2 et 3 de Kirkpatrick se mesurent à plusieurs centres : il faut des internes en nombre et des façons de former différentes. Si votre service forme à la fibroscopie bronchique, il y a une place dans ce protocole : simulateurs mis à disposition, grille de recueil commune, analyse partagée, co-signature des publications qui en sortiront. Ce qui est demandé à votre équipe reste du recueil de données, pas un travail de rédaction.
Écrivez-moi deux lignes : le nombre d’internes que vous formez par an et la période qui vous arrange. Je vous rappelle et nous voyons si ça tient.
La fiche
Fiche technique
- Modules
- Trois pièces assemblables : nez et sinus, larynx, arbre bronchique. Le trajet va de la narine aux 20 bronches segmentaires.
- Procédé
- Impression 3D par dépôt de filament fondu (FDM).
- Matériau
- PLA PolyTerra rouge mat. Passage des parois en TPU souple à l’étude.
- Imprimante
- Creality Ender 3 V3 KE, achetée 240 €.
- Temps d’impression
- 16 h 05 pour un simulateur complet : 5 h 07 pour le nez et les sinus, 2 h 38 pour le larynx, 8 h 20 pour l’arbre bronchique.
- Coût de matière
- 3,16 € par simulateur : 1,16 € pour le nez et les sinus, 0,66 € pour le larynx, 1,34 € pour l’arbre bronchique.
- Diamètre de trachée
- 31 mm, contre 13 à 25 mm en anatomie réelle. L’arbre trachéobronchique a été agrandi de 40 % par rapport au modèle segmenté sur le scanner, faute de quoi la navigation dans les bronches lobaires n’était pas possible.
- Conception
- Segmentation tomodensitométrique sur 3D Slicer, modélisation sur Meshmixer.
- Reproductibilité
- Plans partageables ; un service équipé d’une imprimante FDM peut produire ses propres exemplaires.
- Évaluation
- 87 praticiens (39 internes, 48 séniors), 4 centres hospitaliers, thèse d’exercice soutenue le 9 juillet 2026 à l’Université d’Angers, à partir d’un travail mené au CHU d’Angers.
Le contact
Me joindre
Jean Bigeaye, médecin, concepteur de FibroMate. J’ai soutenu ma thèse d’exercice le 9 juillet 2026 à l’Université d’Angers, à partir d’un travail mené au CHU d’Angers. Le projet est maintenant en phase d’industrialisation : il est retenu dans la promotion Deeptech Factory #3 d’Atlanpole, qui démarre le 5 novembre 2026, et accompagné par le PUI PREDICT et Angers Technopole.
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